En commencant ce blog,
je ne pensais pas etre aussi prolixe. Je me suis pris au jeu.
Pourtant, pendant ces trois mois de balade dans le sud indien, je
ne vous ai livre qu'un patchwork grossier de la vie, de la
culture, de l'histoire du sous-continent. J'ai omis de vous conter
tellement de choses ... l'essentiel peut-etre ... Il faut avoir les
mots, le talent ... l'audace de l'ecriture ... Je ne les ai pas
...
" Pardonnez-moi mon
ignorance
Pardonnez-moi
de ne plus connaitre l'ancien jeu des vers
Comme dit
Guillaume Apollinaire ... "
J'aurais pu vous raconter la vie
de Sai Baba, saint homme envoye par les dieux a la fin du 19 eme
siecle. Sai Baba, le mendiant, adore et prie par tous. Homme bon ,
humble et pauvre qui guerissait avec ses mains ...
Je
ne vous ai pas parle de Kadhar, le serveur indien qui me chantait
tous les soirs des serennades bollywoodiennes, comme a une
princesse et qui me les traduisait en rigolant...
Rien dit sur la star des films
tamouls. Quadra ventripotant et moustachu, aux yeux ronds et
rieurs. Galabru a Madras ... Une idole !
Oublie aussi Gadesh, qui s'occupait nuit et jour de New coffee a
Mahaballipuram. Gadesh, a la coiffure improbable a la Jimmy Hendrix
et qui nous aboyait ses quelques mots d'anglais pour etre sur de se
faire comprendre : " BLACK COFFEE !!!! OKEY ??? "
Omis
les mendiants, lepreux, culs de jatte, borgnes et aveugles,
estropies de toutes sortes, jeunes ou vieux ... et les quatre
femmes tribales qui arpentaient la rue de Mahaballipuram, ecrasee
par la chaleur, avec en bandoulliere leur minot juste ne, la tete
au soleil ... pour apitoyer ... " Mais couvre lui la tete a ton
gosse bordel !!! " A quoi bon dire ... La misere n'a pas besoin de
lecons ...
Pas parle non plus de Durga
festival a Varkala junction. Des elephants majestueux, accompagnes
des tambours, petards, cloches .. tintamarre, capharnaum ..
ivresse des sons et des couleurs .. les dieux eux memes etaient
venus sur des chars pour nous saluer ... Khrishna, Durga, Hannuman,
Shiva et le bon Ganesh ...
Et quid de ces
longs voyages en train ou l'on somnole dans les odeurs de pisse et
de masala melangees .. Des longs moments passes, assis sur le
marchepied, a regarder la campagne et , au petit matin, saluer tous
ceux qui chient, cote a cote, au bord de la voie , leur petite
bouteille d'eau a la main ...
Du sale con, petit rat
poilu, touriste et magouilleur frique, qui siegait au Royal Touch,
je ne vous ai rien dit. Il passait son temps a engueuler,
houspiller, mepriser nepalais et indiens. J'ai bien failli lui
mettre une calotte a celui-la ...
Vous ai-je decrit les
belles russes qui arpentent la page de Palolem. Grandes et blondes
nymphettes, toutes a l'identique . Jambes interminables, petite
gueule d'ange-salope, seins tonitruants et croupe callipyge ...
Plaisir des yeux ... Quoi qu'un peu lassant a la fin ...
Et les yeuxjustement
... de Gitta, la jeune gudjarati... Beaux a damner tous les
saints ! Dores comme ceux du prince Malko .. Ha Malko ... la
comtesse Alexandra ... Toute ma jeunesse ... 
J'ai tu aussi mes
reves erotiques ... Hehe ... ma maman lisait, il a bien fallu
que je me censure ... 
J'ai oublie de vous
parler de Maupassant dont j'ai relu toute l'oeuvre. Maupassant,
prince de la langue francaise. Son ecriture a la fluidite des
rivieres sur lesquelles il excellait a canoter. Chaque mot est a sa
place, indispensable, subtil, elegant, gracieux ... Paysages de
Normandie ou de l'Esterel, emois amoureux, adulteres, crimes et
suicides, chasses a mort ... Chacune de ses nouvelles est un
tableau vivant, precis et sans pitie de la condition humaine, des
petites gens comme des gros bourgeois. Et ses femmes, si
belles, si elegamment salopes ou candides ... Elles le
perdirent. Maupassant est mort jeune, ronge par la Syphillis qui
l'a rendu fou ...
Et enfin de
Blaise, je n'ai pas dit grand chose. Blaise Cendrars, suisse qui
perdit un bras a la premiere guerre, mais qui se servit de l'autre
comme trois. Baroudeur, journaliste, chercheur d'or, pilote,
judoka, voyageur impenitent ... et poete surtout, heureusement !.
L'ami de Chagall et d'Apollinaire, comme eux, fait fi des
structures conventionnelles. Il casse et recasse ! Sa poesie est
sensuelle, cacophonique, odorante, arythmique ... elle flirte
avec les epidermes et me saoule de ces coups de poings a l'ame
...
Cendrars ... Sur mon bouquin, il y
a sa photo. La soixantaine, la clope au bec, le visage burine,
massif, carre. Moitie Vanel, moitie Ventura ... Un homme fait d'un
bois qui n'existe plus ...
...
"
Effeuille la rose des vents
Voici que bruissent les orages dechaines
Les trains roulent en tourbillon sur les reseaux
enchevetres
Bilboquets diaboliques
Il
y a des trains qui ne se rencontrent jamais
D'autres qui se perdent en route
Les chefs de gare jouent aux echecs
Tric-trac
Billard
Carambole
Parabole
La
voie ferre est une nouvelle geometrie
Syracuse
Archimede et les soldats qui l'egorgerent
Et
les galeres
Et
les vaisseaux
Et
les engins prodigieux qu'il inventa
Toutes les tueries
L'histoire Antique
L'histoire moderne
Les tourbillons
Les naufrages
Meme celui du Titanic que j'ai lu dans le journal
Autant d'images-associations que je ne peux pas developper dans mes
vers
Car je suis encore fort mauvais poete
Car l'univers me deborde
Car j'ai neglige de m'assurer contre les accidents de chemins de
fer
Car je ne sais pas aller jusqu'au bout
Et
j'ai peur ... "
...
B.Cendrars.
Extraits de la Prose du transsiberien et de
la petite Jeanne de France.
1913.
De celle que j'aime et que je
vais retrouver bientot, je n'ai rien dit non plus ...
Je lui dedie cette epistole.

Gardez le moral.
Biz a tous.
Cric.
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